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Notre CD-thèque est bien fournie d'un peu de tout : jazz, rock n' roll, blues, classique, chanteurs et groupes de notre jeunesse, ou coups de coeur d'aujourd'hui. On y trouve même quelques ovnis qui ont atterri là on ne sait trop comment (style "Partons au bal" de Jean-Désiré Bailly, avec l'accordéon bien sûr, yeaah !) Mais d'opéra que nenni. Si ce n'est une vague compil' poussiéreuse des plus grands airs, offerte par la Redoute il y a des lustres.

Misère de misère, il était temps de pallier à cette défaillance culturelle flagrante ! Mais d'un autre côté, débuter d'emblée par la représentation d'une oeuvre majeure n'est pas forcement à la portée de tout le monde (ben oui, quelle robe de soirée porter ? question existentielle qui a son importance ! je plaisante, rhôôô...) Avec "L'opéra de quatre notes" de Tom Johnson, nous avons opté pour une initiation soft, et en prime bourrée d'humour.

tomjohnsonphotovoicenewmusTom Johnson est un compositeur américain né en 1939. Il débarque en France dans les 80's. Considéré comme appartenant au courant minimaliste (= moins y'en a mieux c'est), il pond à 31 ans L'opéra de quatre notes. Et "pour la 1ère fois, j'avais pu agencer un morceau qui atteignait la durée d'une heure et c'était l'une des premières choses que j'ai écrite qui ne ressemblait pas du tout à celle d'un autre compositeur". Il est le papa de plusieurs opéras, mais aussi d'autres oeuvres musicales dont pas mal au nom énigmatique (Histoires à dormir debout, La Musique et les questions, Duos à compter, Les Vaches de Narayana, Echec, etc.), et d'oeuvres radiophoniques.

La version de "L'Opéra de quatre notes" que nous avons vue est celle de l'Atelier Lyrique de Franche-Comté, mise en scène par Paul-Alexandre Dubois (c'est ) Le jeu des acteurs et la qualité  extra de leur interprétation, associés au texte hors norme, c'est surprenant et jubilatoire ! 

ll faut vraiment être sur place dans le jus pour apprécier et pour se bidonner. Une vidéo d'extraits ce n'est pas l'idéal, mais cela donne une idée du bidule :


 

Le novice  qui s'assoit dans le rang de spectateurs est sans doute plein de bonne volonté et motivé (yes, I can !) Mais il ne faut pas non plus le dégouter d'emblée. Sans doute pour ne pas l'affoler, cet opéra ne se joue que sur 4 notes (la - si - ré - mi), avec seulement 5 chanteurs et un musicien (qui parfois devient chef d'orchestre) et un instrument (le piano) (+ un seul son de woodblock... mais tellement annoncé qu'il est impossible de le rater !)

Le "livret" (là je me la pète avec un terme technique, c'est tout simplement le texte qui est chanté) ne raconte que ce qui va se passer ou se passe, qui est qui, qui fait quoi. Il fallait oser ! Ainsi, le baryton, le ténor et les autres chantent chacun qu'ils sont le baryton, le ténor, etc. La basse ne fera qu'une apparition furtive de quelques minutes au milieu du spectacle pour chanter, en gros, qu'il est la basse et qu'il ne faut pas le rater car il reste sur scène que peu de temps (hé hé !) Lorsque la soprano a besoin de reposer sa voix avant de revenir faire une envolée lyrique, ses compères entonnent qu'elle doit reposer sa voix (logique) et qu'ils sont en train de meubler (sans blague !) Des notes longues ont le droit à un "ma note est looooongue", et c'est du même acabit pour des notes courtes ou moyennes (trop fort !) Les paroles des quatuors racontent qu'il s'agit d'un quatuor, des mesures sont comptées, des répétitions vraiment répétitives, etc. Bref, cet opéra joue à se décortiquer lui-même.

Histoire de pousser le bouchon encore un peu plus loin, les interprètes chantent aussi leurs états d'âme. Le ténor fait la tronche de frustration car on ne lui demande pas de monter dans les aigus, ou parce qu'il n'a pas grand chose à dire (et évidement il chante "le ténor n'a presque rien à dire"). Le baryton a la trouille de rater son entrée. Et à un autre moment il reprend ce que dit la soprano parce qu'il trouve qu'on ne comprend rien à ce qu'elle raconte (et c'est vrai qu'on ne capte habituellement pas grand chose des paroles "mal articulées" d'un opéra !) On a aussi le droit à la guéguerre entre l'alto et la soprano. C'est vraiment à se pisser dessus de rire !

Tout ceci, c'est ce qui fait l'originalité et le côté pédagogique de cet opéra complètement décalé.

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Une autre façon de s'initier à l'opéra, c'est de potasser le livre "L'opéra pour les nuls" de David Pogue, Scott Speck et Claire Delamarche (first éditions).

J'avais bien lu, avant de l'acheter, la critique publiée sur le net par un type qui semble s'y connaître (c'est ici), reprochant "la vision très «Américano-américaine» de l’opéra qui nous est donné" et relevant quelques erreurs enôôôrmes ("et non Messieurs les auteurs, Cavalleria rusticana n'est pas un opéra de Ruggero LEONCAVALLO !.."). Mais bah, vu que de toute façon je pars du niveau zéro de la chose, cela n'a pas une grande importance. Et les gars qui ont écrit l'ouvrage sont tout de même de la partie (chef d'orchestre ou musicologue, avec les tas de diplômes qui vont avec), donc ils n'ont pas dû écrire que des âneries !

Ce bouquin est un pavé de 455 pages (fichtre !) à couverture souple. Histoire de rendre la chose plus digeste, chaque chapitre débute par un dessin humoristique, et des icônes ("truc", "à découvrir", "potins de cocktails", "étrange mais vrai"...) rendent l'accès au texte plus fun. En prime, des illustrations en noir et blanc.

Faire un résumé du contenu du livre, c'est mission impossible. Car tout y passe, aussi bien la prononciation de l'allemand, que les types de voix, des anecdotes sur les divas, l'histoire de l'opéra, ou encore les lieux mythiques. On a même le droit  à une approche des oeuvres les plus célèbres, avec entre autres un résumé de l'action. Vraiment bien tout ça !

Un CD audio avec des "extraits particulièrement représentatif du style de compositeurs majeurs"  accompagne le tout. En voilà une idée qu'elle est bonne ! Et chaque morceau est décrypté dans le bouquin, étape par étape. En voilà une idée qu'elle est encore plus bonne !

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Spéciale dédicace pour mon amie Valérie N.

Une vraie passionnée à la voix en or, dont les publications sur Facebook tournent plus autours de "En avant pour la rapsodie sur un thème de Paganini !!!! De Rachmaninov bien sur !" ou "Impossible d'arrêter d'écouter les Lieder de Brahms ce soir... C'est grave ?" que de trucs genre "trô bô Kevin du groupe des Chaussettes Speedées !!"   

...tu vois, je fais un effort !